LA JEUNESSE CONGOLAISE FACE À LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE : INNOVER SANS MOYENS, EST-CE POSSIBLE ?

LA JEUNESSE CONGOLAISE FACE À LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE : INNOVER SANS MOYENS, EST-CE POSSIBLE ?

  • 01 November 2025
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  • Innovation

LA JEUNESSE CONGOLAISE FACE À LA RÉVOLUTION NUMÉRIQUE : INNOVER SANS MOYENS, EST-CE POSSIBLE ?
Par Ntambuka Nsinda Pascal

Il y a des questions qui ne demandent pas des statistiques, mais du courage pour y répondre. Celle-ci en fait partie : comment un jeune congolais peut-il innover, créer, exister dans le monde numérique, quand il n’a ni électricité stable, ni internet abordable, ni même un ordinateur ?

Dans les grandes conférences, nos dirigeants aiment répéter que “la jeunesse est l’avenir du Congo”. Mais aucun avenir ne pousse sur un sol infertile. Et le sol, ici, c’est le système. Un système éducatif qui continue à enseigner comme au temps de Mobutu, alors que le monde, lui, programme déjà en intelligence artificielle. Un système politique qui parle de “modernité” sans infrastructure numérique, sans laboratoires, sans incubateurs, sans bibliothèques.

1. Le mensonge du progrès sans fondation

Le Congo se dit “ouvert à la révolution numérique”, mais c’est un pays où la majorité des écoles n’ont pas de connexion internet, où un étudiant en informatique apprend le code sur un tableau noir, à la craie. On parle d’économie numérique alors que même la simple carte d’identité nationale reste un mystère bureaucratique. Les ministères se vantent d’avoir “digitalisé” certains services, mais derrière les écrans, ce sont toujours les vieilles pratiques : lenteur, corruption, clientélisme. La “révolution numérique” n’est pas une affaire d’achat d’ordinateurs, mais une transformation de la manière de penser. Et c’est là que le bât blesse : nos élites n’ont pas encore compris ce qu’est la pensée numérique.

2. Le drame éducatif : apprendre à réciter, pas à créer

Le système éducatif congolais forme des employés, pas des inventeurs. Il valorise la mémoire, pas la créativité. L’élève qui pense différemment est puni. Celui qui récite mot pour mot est récompensé. Résultat : des générations de jeunes qui connaissent les théories du développement, mais ignorent comment développer leur propre quartier. La pédagogie coloniale a fait son œuvre : elle a tué l’esprit d’initiative. Et tant que nous n’aurons pas déscolarisé nos esprits pour rééduquer notre intelligence collective, nous resterons les consommateurs des innovations des autres.

3. Innover sans moyens ? Oui, mais pas sans vision.

L’histoire du monde montre que la pauvreté n’a jamais été un obstacle absolu à la créativité. Le Japon d’après-guerre, l’Inde des années 1990, le Rwanda de Kagame… tous ont commencé avec peu. La différence, c’est la vision nationale. Le jeune congolais n’a pas peur de créer, il a peur d’être abandonné. Il bricole des applications, monte des radios communautaires, lance des chaînes YouTube éducatives, invente des machines artisanales. Mais sans soutien, sans politique publique claire, sans écosystème technologique, tout cela s’étouffe dans le silence.

On ne peut pas bâtir une économie numérique avec une mentalité analogique.
On ne peut pas parler d’innovation quand les ministres eux-mêmes n’ont pas d’adresse e-mail professionnelle, ni de stratégie pour connecter les zones rurales.

4. La solution : créer un écosystème patriotique d’innovation

Le génie congolais existe, mais il est éparpillé. Ce qu’il nous faut, ce n’est pas seulement des financements étrangers ou des programmes de façade, mais une refondation de notre manière d’accompagner les jeunes.

Voici les quatre piliers de cette refondation :

a. L’éducation libératrice : introduire le numérique dès l’école primaire, apprendre aux enfants à résoudre des problèmes concrets, pas à réciter des définitions.

b. Les hubs technologiques communautaires : transformer les maisons communales, les écoles et les universités en espaces ouverts de formation et d’expérimentation, avec un accès gratuit à Internet et à l’électricité solaire.

c. Le patriotisme économique : former les jeunes à innover pour leur pays, pas pour l’exportation de talents. L’État doit racheter, financer et protéger les innovations locales.

d. La révolution du mental : comprendre que l’avenir ne se mendie pas, il se code. Qu’un peuple qui n’écrit pas ses propres logiciels finit par être programmé par les autres. Le triste exemple des réseaux sociaux doit alerter et inspirer.

5. Le mot de la fin : coder.

Innover au Congo, C’est dire au monde : nous refusons d’être les spectateurs de notre propre destin. La révolution numérique n’est pas un luxe pour nous, c’est une nécessité existentielle. Ceux qui gouvernent doivent comprendre que chaque jeune qui quitte le pays, c’est une ligne de code patriotique qui s’efface. Et chaque jeune qu’on forme, qu’on équipe, qu’on inspire, c’est un futur serveur de la nation qui a été mis en mouvement.

La jeunesse congolaise n’attend plus des moyens. Elle attend des routes vers elle-même. Car le plus grand capital d’un peuple, ce n’est ni le cuivre ni le coltan : c’est la conscience de sa propre capacité à créer.