Sur l'Éducation à la citoyenneté
Sur l'Éducation à la citoyenneté
- 09 November 2025
- Admin
- Education
Pourquoi l’éducation à la citoyenneté doit devenir une priorité nationale
ParNTAMBUKA NSINDA PASCAL
Le Congo ne manque pas seulement d’écoles, il manque aussi de citoyens. Dans nos villes et nos villages, on trouve des diplômés de toutes les filières, mais peu d’hommes et de femmes conscients de leur rôle dans la société. On parle d’infrastructures, de réformes, d’élections, rarement d’éducation civique. Pourtant, c’est elle le véritable fondement de toute nation stable : une conscience collective nourrie, une âme partagée, un sentiment d’appartenance.
L’éducation à la citoyenneté n’est pas une matière scolaire de plus ; elle est une matrice de transformation nationale. Elle enseigne non pas quoi penser, mais comment vivre ensemble. Et c’est précisément ce que notre pays a perdu.
Nous avons une génération instruite mais pas éduquée civiquement
Le sociologue congolais Jean Omasombo Tshonda, dans ses études sur la gouvernance et la citoyenneté, décrit la société congolaise comme « une communauté d’habitants sans projet national partagé ». Cette formule, crue mais juste, révèle une vérité terrible : le système éducatif congolais forme des individus, pas des citoyens.
Nos écoles apprennent aux jeunes à réussir seuls, pas à bâtir ensemble. Elles enseignent la compétition, rarement la coopération. Elles imposent la hiérarchie, sans transmettre le respect mutuel. Elles forment à l’examen, pas à l’engagement.
Dans un pays où plus de la moitié de la population a moins de 25 ans, cette absence de conscience civique devient une bombe sociale. Les jeunes connaissent les droits de l’homme, mais ignorent les devoirs du citoyen. Ils savent réclamer, rarement contribuer.
Les limites de la gouvernance : l’État sans pédagogie
Le problème n’est pas seulement éducatif, il est politique. Depuis l’indépendance, la gouvernance congolaise a confondu administration et éducation citoyenne. On gouverne par décret, pas par pédagogie. On cherche l’obéissance, pas la conscience. Aucun gouvernement n’a encore compris que le civisme ne se décrète pas : il se cultive, il s’enseigne, il se pratique.
L’État congolais a longtemps préféré former des fonctionnaires que des citoyens. Résultat : un peuple qui connaît les slogans de la République, mais qui n’en vit pas les valeurs. Et quand la société s’effondre, ce n’est pas à cause d’un manque de lois, mais d’un manque de conscience des lois.
Le politologue sénégalais Souleymane Bachir Diagne le résume ainsi : « L’école africaine doit devenir un lieu d’apprentissage de la démocratie vécue, pas simplement récitée. »
Cette phrase pourrait être gravée au fronton de chaque établissement congolais.
Éduquer à la citoyenneté : reconstruire la nation par la conscience
Réintroduire l’éducation civique, c’est réapprendre à aimer la patrie autrement que par les discours.
C’est apprendre à débattre sans haïr, à contester sans détruire, à servir sans corrompre. C’est comprendre que le Congo n’est pas un champ de butin, mais un héritage commun.
Une vraie éducation à la citoyenneté doit :
- Enseigner la Constitution et ses valeurs fondamentales, pas comme un texte froid, mais comme un contrat moral ;
- Former à la tolérance, à la gestion des conflits et à la participation communautaire ;
- Mettre en place des clubs citoyens dans les écoles et universités, où les jeunes expérimentent la démocratie en action ;
- Créer des programmes nationaux de service civique obligatoire, pour reconnecter les jeunes à la réalité du pays qu’ils veulent transformer.
C’est ainsi qu’on forge non pas des patriotes de discours, mais des bâtisseurs de destin collectif.
Si l’État tarde à agir, la jeunesse, elle, n’attend pas. Des initiatives comme Jicho la Uraia, Habari RDC, ou encore les Clubs de paix dans certaines écoles du Sud-Kivu prouvent qu’une autre éducation citoyenne est possible, participative, ancrée dans les réalités locales, portée par la société civile.
Mais ces efforts resteront marginaux tant qu’ils ne seront pas appuyés par une politique nationale cohérente. L’éducation civique ne doit plus être une option, mais une urgence nationale, inscrite au même rang que la sécurité ou la santé publique.
Conclusion : la République commence dans la salle de classe
On ne construit pas un État avec des routes, mais avec des consciences. On ne protège pas un pays par des armes, mais par des valeurs. Et on ne défend pas une République en criant “Vive le Congo !”, mais en vivant chaque jour en Congolais conscient. L’éducation à la citoyenneté est le socle de toute reconstruction durable. Sans elle, le Congo aura des infrastructures sans institutions, des élections sans démocratie, des citoyens sans nation. Mais avec elle, chaque enfant qui entre à l’école devient une promesse de renaissance nationale.