Les parents face à la nouvelle génération connectée : éduquer ou comprendre

Les parents face à la nouvelle génération connectée : éduquer ou comprendre

  • 09 November 2025
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Les parents face à la nouvelle génération connectée : éduquer ou comprendre ?

Par NTAMBUKA NSINDA PASCAL


Le conflit n’est plus entre générations, il est entre deux mondes. D’un côté, les parents forgés dans la patience, le respect des hiérarchies et la lenteur de l’effort. De l’autre, une jeunesse façonnée par l’immédiateté, les écrans et la liberté de tout questionner. Entre ces deux pôles, une fracture s’agrandit chaque jour : les parents veulent éduquer, les enfants demandent à être compris.

Mais comment éduquer une génération qui vit dans un monde que vous ne comprenez plus ?
Comment poser des limites dans un espace — le numérique — où tout semble sans frontières ?


Le choc des temporalités : l’éducation rencontre Internet

La sociologue Sherry Turkle, professeure au MIT, parle d’une « solitude connectée » : des jeunes ultra-présents en ligne, mais de plus en plus déconnectés des liens humains profonds. Ce paradoxe illustre la crise silencieuse que vivent les familles congolaises d’aujourd’hui : le foyer devient un lieu où les parents parlent, mais où les enfants écoutent avec un œil sur leur téléphone et un pied dans le monde virtuel.

Les modèles éducatifs hérités — fondés sur l’autorité, la répétition et la peur du reproche — se heurtent à une génération qui apprend par l’expérimentation, la curiosité et la vitesse. Les parents demandent de l’obéissance ; les enfants demandent du dialogue. Les parents croient enseigner ; les enfants veulent partager.

Le pédagogue français Philippe Meirieu explique dans “L’école, mode d’emploi” que « l’éducation n’est pas la reproduction du passé, mais l’accompagnement du présent vers l’avenir ». Cette phrase, appliquée au foyer, dit tout : les parents congolais ne peuvent plus éduquer comme leurs propres parents l’ont fait — parce que le monde de leurs enfants n’est plus celui d’hier.

La gouvernance familiale en crise

Le problème n’est pas seulement culturel : il est politique. La faiblesse de l’école, le chômage des jeunes, l’absence d’espaces de dialogue intergénérationnel ont transformé la famille en champ de bataille idéologique. L’État congolais, en négligeant la formation parentale et l’éducation aux médias, laisse les familles seules face à des défis qu’elles ne peuvent pas résoudre. Aucun programme national ne prépare les parents à gérer un enfant ultra-connecté, influencé par TikTok plus que par le catéchisme, par YouTube plus que par le professeur.

Résultat : la défiance s’installe. Les parents accusent les écrans d’avoir corrompu la jeunesse ; les jeunes accusent les parents de ne rien comprendre à leur monde. Mais derrière cette tension, c’est une question de gouvernance de la conscience nationale : qui forme la jeunesse congolaise aujourd’hui ? L’école ? La famille ? Ou l’algorithme ?

Comprendre avant d’éduquer : le nouveau rôle des parents

Le psychologue américain Daniel Goleman, auteur de “Intelligence émotionnelle”, soutient que la clé de toute éducation réussie réside dans la capacité à comprendre les émotions avant de les juger. Appliquée à la parentalité moderne, cette idée devient révolutionnaire : avant de corriger un enfant, il faut comprendre son monde intérieur, son rapport au numérique, à la pression sociale, à la quête de reconnaissance.

Le parent du XXIᵉ siècle doit donc devenir un médiateur culturel :
- Comprendre le langage numérique sans nécessairement l’adopter.
- Accompagner sans contrôler.
- Guider sans humilier.
- Écouter avant de punir.


Autrement dit, éduquer aujourd’hui, c’est d’abord apprendre à écouter l’invisible, les émotions, les stimuli, les mondes parallèles dans lesquels évoluent nos enfants.

La solution ne viendra ni d’une application ni d’un sermon, mais d’un changement de posture collective. Les parents doivent accepter qu’ils ne sont plus les seuls détenteurs du savoir, et les jeunes doivent reconnaître que la liberté sans repère conduit à l’errance. C’est dans la rencontre des deux mondes — la sagesse de l’expérience et la créativité du numérique — que peut naître une éducation nouvelle, à la fois enracinée et ouverte.

L’État, de son côté, devrait instituer des programmes nationaux d’éducation parentale au numérique, intégrant des modules sur les risques des réseaux sociaux, la psychologie de l’adolescent connecté, et la gestion des dépendances virtuelles.


Conclusion : comprendre, c’est déjà éduquer

Dans un monde où les écrans élèvent autant que les parents, le véritable défi n’est plus d’imposer des règles, mais de réinventer le lien. Éduquer n’est plus un acte d’autorité, mais un acte de lucidité. Comprendre son enfant, c’est déjà lui apprendre à se comprendre lui-même. Le Congo ne peut espérer un avenir éclairé que s’il apprend à faire la paix entre ses générations. Et cette paix commence dans le regard d’un parent qui cesse de dire : « Tu ne comprends rien », pour enfin demander : « Montre-moi ton monde. »