L'éducation Numérique : une chance pour réduire les inégalités scolaires
L'éducation Numérique : une chance pour réduire les inégalités scolaires
- 09 November 2025
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- Education
L’éducation numérique : une chance pour réduire les inégalités scolaires
Par NTAMBUKA NSINDA PASCAL
Peut-on encore éduquer sans le numérique ? La question dérange, surtout dans un pays où la craie et le tableau noir dominent encore la pédagogie. Pourtant, à l’heure où l’intelligence artificielle écrit des dissertations et où les écoliers du monde entier apprennent déjà à coder avant de lire couramment, la République Démocratique du Congo semble encore hésiter entre deux mondes : celui de la craie et celui du clic.
Le numérique n’est pas seulement une révolution technologique, il est aussi devenu un outil d’équité sociale. Là où l’État échoue à construire des écoles, une tablette ou un smartphone peuvent aujourd’hui ouvrir une salle de classe virtuelle. Mais cette évidence, aussi limpide soit-elle, reste ignorée par un système éducatif que l’économiste Joseph Stiglitz qualifierait sans doute de « structurellement inégalitaire », car fondé sur la rareté plutôt que sur l’accès.
Et si la fracture numérique était un miroir d’une gouvernance en panne ?
Au Congo, le numérique révèle surtout la profondeur du fossé entre les politiques et les réalités. On parle d’école pour tous, mais on n’équipe pas les enseignants. On promet la « gratuité », mais on oublie la connectivité. On parle d’inclusion, mais on ne forme pas les jeunes à comprendre les technologies qu’ils utilisent.
L’État congolais reste enfermé dans une logique d’enseignement héritée du XIXᵉ siècle : la mémoire prime sur la pensée critique, la discipline sur la découverte, la note sur l’idée. Résultat : des générations entières récitent sans comprendre, passent sans apprendre, obtiennent des diplômes sans compétences.
Le pédagogue Sir Ken Robinson, dans son ouvrage “Creative Schools”, rappelle que « le système éducatif tue la créativité et l’adaptation, deux qualités essentielles dans le monde moderne ». Cette critique, universelle, prend un accent tragique dans le contexte congolais, où l’école reste encore une forteresse de la conformité.
Faisons du numérique la passerelle d’égalité
Pourtant, les solutions existent. L’éducation numérique peut transformer ce qui est perçu comme une faiblesse, le manque de moyens, en moteur d’innovation. Les plateformes gratuites comme Khan Academy, Coursera, ou les MOOCs africains permettent à tout jeune motivé d’apprendre la robotique, le marketing digital, la programmation ou la gestion sans même quitter son quartier. Un adolescent de Kadutu peut désormais suivre la même leçon qu’un étudiant de Harvard. La barrière n’est plus le savoir, mais la volonté et la connexion.
Ce que l’État ne peut (ou ne veut) pas faire, la jeunesse le fait déjà. Des enseignants bénévoles partagent leurs cours via WhatsApp ; des associations locales, comme KivuTechLab ou Bukavu Digital, organisent des formations gratuites sur le numérique ; des jeunes filles conçoivent des applications locales pour résoudre les problèmes d’eau ou d’hygiène dans leurs communautés.
Réinventons la gouvernance éducative !
Mais pour que cette effervescence devienne transformation, il faut une réforme politique profonde.
Le numérique doit être intégré au cœur du curriculum national, pas comme gadget, mais comme pilier d’un apprentissage nouveau, fondé sur la recherche, la collaboration et la créativité.
L’État doit cesser d’être un simple administrateur d’écoles pour devenir un facilitateur d’accès à la connaissance.
L’école congolaise du futur ne devrait pas seulement apprendre ce qu’il faut savoir, mais comment apprendre à apprendre. Elle doit permettre à chaque élève de devenir un chercheur, un inventeur, un acteur de sa propre réussite.
Allons vers une nouvelle égalité : celle de l’accès à la connaissance
Le numérique ne remplacera jamais le professeur, mais il peut l’émanciper. Il ne remplacera jamais l’école, mais il peut la réinventer. La véritable égalité du XXIᵉ siècle ne se joue plus dans la répartition des bancs, mais dans l’accès aux réseaux.
Tant que la RDC continuera à investir dans les murs plutôt que dans les cerveaux, elle fabriquera des écoles sans avenir. Mais le jour où elle investira dans l’intelligence numérique de sa jeunesse, elle cessera d’être spectatrice du monde, pour en devenir l’un des acteurs.