RÉINVITER L'ÉCOLE CONGOLAISE : QUAND LA CRÉATIVITÉ DEVIENT PLUS IMPORTANTE QUE LA MÉMOIRE

RÉINVITER L'ÉCOLE CONGOLAISE : QUAND LA CRÉATIVITÉ DEVIENT PLUS IMPORTANTE QUE LA MÉMOIRE

  • 09 November 2025
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RÉINVENTER L’ÉCOLE CONGOLAISE : QUAND LA CRÉATIVITÉ DEVIENT PLUS IMPORTANTE QUE LA MÉMOIRE

Par NTAMBUKA NSINDA PASCAL

L’école congolaise est malade. Pas d’un manque de programmes, mais d’un excès de conformisme. Elle ne forme plus des penseurs, mais des répétiteurs du passé. Des enfants capables de réciter l’histoire du monde sans jamais savoir écrire la leur. Et cela Pendant que le monde éduque à innover, à raisonner, à créer, nous éduquons encore à réciter, à obéir, à craindre.
C’est le drame d’un pays jeune, vibrant, mais intellectuellement figé.

1. Le paradoxe du savoir inutile

La République Démocratique du Congo a aujourd’hui une jeunesse suréduquée en théorie, mais sous-équipée en pratique. Nos écoles débordent d’élèves brillants qui connaissent les dates, les lois, les définitions, mais qui s’effondrent dès qu’il faut inventer, improviser, produire. Ils sont instruits, mais pas intelligents au sens vivant du mot.

Le psychologue américain Howard Gardner, célèbre pour sa théorie des intelligences multiples, expliquait que “le QI n’est pas l’intelligence ; l’intelligence, c’est la capacité à résoudre un problème dans un contexte réel.” Or notre système ne cherche pas à former cette capacité. Il évalue la mémoire, pas le sens.

Et le pédagogue brésilien Paulo Freire, dans Pédagogie des opprimés, l’avait déjà compris : “L’éducation traditionnelle transforme l’élève en récipient qu’il faut remplir. La véritable éducation, elle, le rend acteur de sa propre libération.”

2. L’école du silence

Chez nous, le professeur parle, l’élève écoute. Celui qui questionne, dérange. Celui qui copie, réussit. Cette pédagogie autoritaire a fabriqué des générations d’adultes incapables de contredire, de débattre, d’imaginer. Et pourtant, aucune nation ne s’élève sans contradiction, sans imagination, sans débat.

Le système congolais continue d’enseigner comme si l’avenir était une version corrigée du passé. Mais le monde de demain n’aura pas besoin de gens qui se souviennent, il aura besoin de gens qui inventent.

3. La créativité, moteur de la nouvelle éducation

Réinventer l’école congolaise, c’est changer notre rapport à l’intelligence. C’est comprendre que la mémoire est utile, mais insuffisante. Le futur appartient à ceux qui savent relier, imaginer, réinterpréter.

La créativité, ce n’est pas peindre ou chanter. C’est savoir relier des idées qui ne semblaient pas faites pour cohabiter. C’est cette force intérieure qui permet de transformer une contrainte en invention, une limite en projet. Chaque enfant congolais est naturellement créatif : il bricole, invente, imagine. Mais notre école tue cette étincelle dès la maternelle. Elle remplace l’imagination par la répétition, la curiosité par la peur de mal faire.

4. Les nouvelles approches : apprendre en faisant

L’avenir de l’éducation congolaise dépend de notre capacité à passer de la pédagogie de la parole à la pédagogie de l’expérience.

Voici les piliers d’une refondation possible :
- Apprentissage par projet : relier chaque cours à un défi concret dans la communauté (énergie, environnement, santé, agriculture).
- Travail collaboratif : favoriser les groupes, les échanges, la co-création plutôt que les examens individuels.
- Culture numérique et entrepreneuriale : apprendre à coder, à concevoir, à entreprendre dès le secondaire.
- Formation des enseignants-créateurs : donner à chaque professeur la liberté d’inventer sa méthode, d’adapter ses contenus.

L’école doit devenir un laboratoire citoyen, pas un musée de doctrines anciennes.


5. Vers une pédagogie de la libération

Paulo Freire disait encore : “Personne n’éduque personne, personne ne s’éduque seul. Les hommes s’éduquent ensemble, par le monde et pour le monde.”

Cette phrase devrait être inscrite sur les murs de chaque salle de classe congolaise. Parce qu’elle rappelle l’essentiel : éduquer, c’est libérer, pas conditionner. Notre objectif n’est pas de remplir des têtes, mais d’allumer des flammes. Et ces flammes, c’est la créativité, la capacité à transformer la connaissance en pouvoir d’action.

6. Le mot de la fin : penser, c’est créer

Le Congo de demain ne se construira pas avec des mémoires pleines, mais avec des esprits libres. Une éducation fondée sur la créativité, c’est la seule manière de rompre la dépendance intellectuelle qui nous emprisonne depuis des décennies. Quand l’école apprendra à l’enfant à se poser des questions plutôt qu’à craindre les réponses, alors le pays tout entier redeviendra vivant.
Car la vraie éducation ne fabrique pas des employés, elle révèle des bâtisseurs. Et c’est à ce moment-là que l’on pourra dire : le Congo a cessé d’apprendre pour réciter, il a commencé à apprendre pour renaître.