L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET L'AVENIR DU TRAVAIL EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

L'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET L'AVENIR DU TRAVAIL EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

  • 01 November 2025
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  • Innovation
L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET L’AVENIR DU TRAVAIL EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Par NTAMBUKA NSINDA PASCAL


L’humanité entre dans une ère où les machines apprennent, raisonnent et décident. Klaus Schwab, dans La Quatrième Révolution Industrielle, annonçait que l’intelligence artificielle (IA) bouleverserait tous les secteurs : santé, éducation, industrie, gouvernance. Ce qu’il n’a pas dit, c’est que pour des nations comme la nôtre, ce bouleversement risque d’être subi, pas maîtrisé.

L’Afrique est à la veille d’un tsunami numérique, mais la RDC, elle, dort encore sur la plage.

1. Une révolution brutale, le Congo endormi

Pendant que les géants du monde investissent des milliards pour former des ingénieurs en IA, la RDC en est encore à débattre du salaire des enseignants. Là où d’autres créent des algorithmes, nous remplissons encore des formulaires à la main. Là où d’autres bâtissent des laboratoires de recherche, nous construisons des “bureaux de coordination”. Notre gouvernement parle d’“émergence numérique”, mais il n’y a aucune stratégie nationale d’intelligence artificielle. Aucune politique de data. Aucune vision sur la robotisation du travail.

L’État congolais vit dans une temporalité administrative du XXe siècle alors que le monde file à la vitesse du code. C’est cela, la fracture numérique : ce n’est pas seulement une question de connexion Internet, c’est une question de conscience.

2. Le danger du progrès importé

Ce que Schwab appelait la “fusion du physique, du numérique et du biologique” n’est pas neutre. L’intelligence artificielle, entre les mains des puissances étrangères, n’est pas un outil d’aide, c’est une arme d’influence. Les données deviennent les nouveaux minerais. Et comme pour le coltan ou le cobalt, le Congo risque d’être encore une fois le fournisseur brut du monde digital. Nos téléphones, nos réseaux sociaux, nos administrations sont déjà des mines de données exploitées depuis l’étranger. Le danger, c’est qu’en n’ayant aucune souveraineté numérique, nous ne serons plus les travailleurs du monde, mais ses données.

3. L’avenir du travail : une promesse ou une exclusion ?

L’IA promet de créer de nouveaux métiers : data scientists, analystes, développeurs, concepteurs de systèmes intelligents. Mais sans politique éducative adaptée, cette révolution risque de remplacer plus de travailleurs qu’elle n’en formera.

Les emplois répétitifs, administratifs, logistiques, comptables… seront automatisés. Et le jeune congolais qui n’a jamais touché un ordinateur se retrouvera hors-jeu avant même le coup d’envoi.

Le vrai défi n’est donc pas technologique, il est pédagogique : comment préparer la jeunesse à cohabiter avec des machines intelligentes quand l’école elle-même est encore analphabète du numérique ?

4. L’échec du modèle éducatif : réciter, pas anticiper

Notre système éducatif est resté figé. Il enseigne les connaissances du passé à des jeunes censés créer le futur. Il apprend encore la dactylographie quand le monde parle d’intelligence générative. Il évalue la mémoire, jamais la créativité.

Schwab avait raison : la quatrième révolution industrielle n’est pas une question de technologie, mais de mentalité. Et sur ce plan, la RDC est encore colonisée, par la peur du changement et l'absence de vision.


5. Refonder notre rapport au travail et à la technologie

L’intelligence artificielle ne doit pas être vue comme une menace, mais comme un levier de souveraineté. À condition que nous la domestiquions plutôt que de la subir. Cela suppose une révolution à trois niveaux :

a. L’éducation numérique patriotique : apprendre à nos enfants non pas seulement à “utiliser” les technologies, mais à les créer, les programmer, les comprendre.

b. L’économie de la donnée nationale : protéger nos données comme on protège nos minerais. Créer une Banque Nationale des Données pour centraliser, sécuriser et valoriser l’information.

c. Le travail redéfini : passer du salariat de survie au travail créatif. Valoriser l’intelligence humaine dans les domaines où la machine ne peut pas rivaliser : la conscience, la culture, la sensibilité, la stratégie.

6. Le mot de la fin : coder, ou être codé

Le monde entre dans une nouvelle guerre, la guerre de l’intelligence. Ceux qui maîtrisent les algorithmes gouverneront ceux qui les consomment. Si le Congo ne réagit pas maintenant, il deviendra un désert d’emplois entouré d’usines robotisées étrangères.

Mais si la jeunesse s’éveille, si les universités se réforment, si les décideurs cessent de rêver de “conférences” pour construire de vrais laboratoires, alors l’intelligence artificielle pourrait devenir notre revanche historique.

Parce qu’au fond, l’IA n’est pas plus intelligente que l’homme qui l’a créée. Et ce que le Congo doit comprendre aujourd’hui, c’est que la plus grande intelligence artificielle, c’est l’inaction humaine. Elle produit des robots ailleurs et des regrets ici.